SR Patrimoine
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Patrimoine
& Perspectives
Numéro 5
La lettre mensuelle pour prendre les bonnes décisions
Octobre 2026
Simon Ruy · Conseiller en stratégies d'investissements indépendant
01 Édito

Mieux vaut allumer une bougie
que maudire les ténèbres

L'indignation ne protège aucun patrimoine. SR Patrimoine · Numéro 5 · Octobre 2026

Le projet de budget 2027 est arrivé en Conseil des ministres le 1er octobre. Je ne vais pas vous dire qu'il est réjouissant. Le déficit 2026 est révisé à 5,4 % du PIB, les prélèvements obligatoires montent encore, et plusieurs mesures toucheront directement vos revenus, vos retraites et vos investissements locatifs.

On peut s'en indigner. C'est légitime, et je partage une partie de cette lassitude. Pour autant, l'indignation ne protège aucun patrimoine.

Mon angle de lecture est différent. Chaque loi de finances ferme des portes et en ouvre d'autres. Celle-ci ne fait pas exception : elle durcit certains régimes et crée, dans le même texte, une fenêtre de transmission inédite.

Chaque loi de finances ferme des portes et en ouvre d'autres.

Mon rôle sur ce trimestre sera de traduire ce texte en décisions concrètes, pour chacun de vous. Je serai à vos côtés pour allumer la bougie.

Simon Ruy · Octobre 2026

02 Point macro

Ce que le monde fait
à votre patrimoine

Budget 2027 Inflation Taux Transmission Euro numérique

Budget 2027 : l'effort repose encore sur le contribuable

Le constat. Selon le dossier de presse du projet de loi de finances, le déficit atteindrait 5,0 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026. Le taux de prélèvements obligatoires passerait de 43,9 % à 44,2 % du PIB. La dépense publique, elle, continuerait de progresser.

Les mesures à surveiller de près, à ce stade :

  • barème de l'impôt sur le revenu indexé de 2,1 %
  • plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions abaissé de 4 439 € à 3 000 € par foyer
  • sous-indexation des retraites au-delà de 1 260 € par mois, modalités renvoyées au Parlement
  • plafonnement de l'amortissement en location meublée non professionnelle (LMNP)
  • exonération réduite sur les indemnités de rupture

-> En pratique, tant que la loi n'est pas votée et promulguée, on raisonne en probables, pas en certitudes.

Une inflation à 3 % et des taux qui montent

L'Insee estime la hausse des prix à 3 % sur un an en septembre, contre 2,4 % en août. L'énergie explique l'essentiel du mouvement, avec un bond de 21,2 % sur un an. La BCE a réagi : son taux de dépôt est passé à 2,50 % le 16 septembre, deuxième hausse de l'année.

Conséquence directe : la France emprunte plus cher. Le taux à 10 ans a frôlé 5 % début octobre, un plus haut depuis 2002. L'écart avec l'Allemagne, autour de 60 points de base au début de l'été, atteignait 140 points le 2 octobre.

-> Une épargne de précaution rémunérée sous 3 % perd désormais du pouvoir d'achat. À l'inverse, les taux élevés redonnent de l'intérêt aux supports obligataires, sous réserve des conditions de marché.

50 000 € à transmettre sans droits : la fenêtre du premier semestre 2027

C'est la bonne nouvelle du texte. L'article 4 du projet de loi de finances porterait l'exonération des dons familiaux de sommes d'argent de 31 865 € à 50 000 €, pour les dons consentis entre le 1er janvier et le 30 juin 2027. Le donateur doit avoir moins de 80 ans. Au-delà, un taux unique de 6 % s'appliquerait dans la limite de 100 000 € par donateur et par bénéficiaire.

Cumulé avec l'abattement classique de 100 000 €, un parent pourrait transmettre 150 000 € à un enfant sans droits. Pour autant, la fenêtre est courte et le texte peut encore évoluer. Elle se prépare dès maintenant, elle ne s'improvise pas en juin.

En bref · Découvert bancaire

À partir du 20 novembre 2026, toute nouvelle autorisation de découvert relèvera du régime complet du crédit à la consommation, avec analyse de solvabilité. Les autorisations déjà en place et les comptes professionnels ne sont pas concernés.

Pontes : l'euro entre dans la finance tokenisée

Le fait. Le 21 septembre, l'Eurosystème a lancé Pontes. Ce dispositif permet de régler en monnaie de banque centrale des transactions de gros sur des actifs « tokenisés », c'est-à-dire des titres enregistrés sur des registres numériques partagés. Le même jour, la BCE a annoncé préparer l'investissement d'une petite part de ses fonds propres dans des titres tokenisés.

Pourquoi j'en parle. Le dispositif s'adresse aux banques, pas aux particuliers. Il est présenté comme une modernisation technique. Plusieurs observateurs y voient autre chose, et leurs arguments méritent d'être entendus. Trois idées à retenir :

  1. Le vrai changement est juridique, pas technologique. Les marchés savent déjà régler des titres de façon électronique. La nouveauté tient au cadre : depuis 2022, un régime pilote européen autorise certaines infrastructures à déroger à des règles financières existantes. Ces choix se font loin du débat public.
  2. La dette publique devient la matière première de ces nouveaux circuits. Une obligation d'État sert de garantie pour emprunter. Plus elle circule vite, plus elle peut être réutilisée en garantie, et plus l'effet de levier grandit. Le Conseil de stabilité financière a lui-même identifié ce risque.
  3. La question de l'origine des capitaux reste entière. Les contrôles anti-blanchiment ont déjà été pris en défaut dans de grands établissements régulés. Plus les circuits sont fluides, plus il devient difficile de savoir qui détient réellement la dette d'un État.

-> Mon angle de lecture : aucun impact direct sur votre épargne à ce stade. C'est un chantier de fond, à suivre sans alarmisme et sans naïveté. Quand l'architecture de la monnaie change, mon rôle est de vous le dire tôt.

Une donation en projet pour 2027 ? Qui donne, à qui, combien, avec quelles liquidités : cela se prépare dès cet automne.
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03 Marchés financiers

Un troisième trimestre
à deux vitesses

CAC 40 Wall Street Taux longs Or Euro
PARIS DÉCROCHE, NEW YORK TIENT 7 965 pts CAC 40 AU 30 SEPTEMBRE plus de 4 % de baisse sur le mois +2 % S&P 500 AU TROISIÈME TRIMESTRE près de 12 % depuis janvier Sources : Bourse Direct, Bloomberg. Données au 30 septembre 2026.

Le constat. Paris décroche, New York tient. Le CAC 40 a perdu plus de 4 % en septembre et a clôturé le trimestre à 7 965 points, sous les 8 000 points, de retour à ses niveaux de mi-mai. Il avait pourtant inscrit un plus haut annuel à 8 726 points le 10 août. Le repli s'est prolongé début octobre, avec une séance à -1,62 % le jour de la présentation du budget.

En face, le S&P 500 gagne environ 2 % sur le trimestre et près de 12 % depuis janvier. Il a même signé un nouveau record de clôture le 6 octobre.

Pourquoi un tel écart

L'énergie. Le baril de Brent est repassé au-dessus de 100 dollars en septembre, sur fond de tensions persistantes dans le détroit d'Ormuz. L'Europe, importatrice, encaisse le choc plus durement que les États-Unis.

Les taux. Les banques centrales resserrent de nouveau. La BCE a porté son taux de dépôt à 2,50 %. La Fed a relevé les siens le 16 septembre, une première depuis 2023. Le taux américain à 10 ans a franchi 5 %, au plus haut depuis 2007.

Le risque France. Le taux français à 10 ans a frôlé 5 % début octobre, et l'écart avec l'Allemagne est au plus haut depuis 2011. Les valeurs financières et domestiques en font les frais.

Un indice qui monte n'est pas toujours un marché qui monte.

Un « mais » important sur Wall Street. La hausse américaine est étroite. Environ trois quarts des valeurs du S&P 500 ont baissé en septembre, alors que l'indice restait proche de ses records. La performance repose sur une poignée de grandes valeurs technologiques.

Les autres classes d'actifs

  • Obligations : les rendements atteignent des niveaux inconnus depuis plus de quinze ans. Douloureux pour les titres anciens, intéressant pour les nouveaux investissements, sous réserve des conditions de marché.
  • Or : autour de 4 200 dollars l'once début octobre. Il reste une valeur de protection, mais il évolue nettement sous ses sommets du début d'année.
  • Euro : en repli face au dollar, autour de 1,12 début octobre contre près de 1,17 fin août. Un soutien mécanique pour vos actifs libellés en dollars.
Mon angle de lecture pour le dernier trimestre

À surveiller de près : le débat budgétaire français, la réunion de la BCE du 29 octobre, les résultats d'entreprises du troisième trimestre, et le pétrole.

-> En pratique, l'enjeu, c'est la concentration. Un portefeuille trop français a souffert cet été. Un portefeuille trop technologique américain dépend de quelques titres. Ce n'est pas parce qu'il y a une tempête qu'on doit vendre le bateau. La diversification reste la règle, et c'est le bon moment pour réinterroger votre allocation.

Votre allocation est-elle trop concentrée ? Un point d'allocation prend une heure et se révèle souvent très instructif.
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04 Dossier du mois

L'IA peut-elle remplacer
un conseiller financier ?

Intelligence artificielle Conseil Responsabilité

La question m'est posée de plus en plus souvent. Je vais y répondre franchement, d'autant que j'utilise moi-même ces outils tous les jours.

Ce que l'IA fait déjà très bien

Elle explique. Un mécanisme fiscal, la différence entre deux enveloppes, le fonctionnement d'un démembrement : la réponse arrive en quelques secondes, claire et patiente. Elle calcule, compare, synthétise des textes de cent pages.

Pour comprendre un sujet avant un rendez-vous, c'est un progrès réel. Un épargnant mieux informé pose de meilleures questions, et j'y gagne autant que vous.

Ce qu'elle ne fait pas

Elle ne connaît de vous que ce que vous lui dites. Or un patrimoine se joue souvent dans ce que l'on n'a pas pensé à dire : un régime matrimonial, une clause bénéficiaire rédigée il y a vingt ans, une donation ancienne, un projet de cession encore flou.

Elle peut se tromper avec assurance. Un chiffre périmé, un plafond d'une année précédente, une règle modifiée par la dernière loi de finances : l'erreur est formulée avec le même aplomb que la vérité.

Elle ne répond de rien. Un conseiller est immatriculé, contrôlé, assuré, et tenu à un devoir de conseil. Si la recommandation est inadaptée, sa responsabilité est engagée. Celle d'un outil ne l'est pas.

Elle ne vous retient pas le jour où les marchés perdent 15 % et où vous voulez tout vendre. L'essentiel de la performance d'un patrimoine tient moins au choix des supports qu'aux décisions prises, ou évitées, dans ces moments-là.

L'imagerie voit mieux que l'œil. Elle ne décide pas du traitement, et elle ne connaît pas le patient.

Mon angle de lecture

La vraie question n'est pas « l'IA ou le conseiller ». Comme un médecin qui s'appuie sur l'imagerie avant de poser un diagnostic, le conseiller de demain travaillera avec ces outils.

-> En pratique, l'enjeu, c'est de savoir qui porte la décision. L'IA est un outil, pas une solution universelle. Servez-vous-en pour comprendre. Gardez un interlocuteur responsable pour décider.

05 Focus dirigeant

Céder son entreprise :
les questions à se poser avant, pas après

Cession Transmission Holding Protection

Le constat. Un dirigeant prépare sa cession pendant des mois côté entreprise : valorisation, audit, négociation. Côté patrimoine personnel, la préparation commence trop souvent le lendemain de la signature. C'est l'inverse qu'il faudrait faire.

Pourquoi c'est important. Les décisions les plus structurantes ne sont possibles qu'avant la vente. Une fois le protocole signé, il ne reste qu'à gérer un prix net d'impôt. Tout ce qui touche à la détention des titres, à la transmission familiale et au cadre fiscal se joue en amont.

Les questions à vous poser dès aujourd'hui

Sur vous et votre famille

  • De quel revenu aurai-je besoin après la cession, et pendant combien de temps ?
  • Mon régime matrimonial est-il adapté à la réception d'un capital important ?
  • Est-ce que je souhaite transmettre à mes enfants ? Avant ou après la vente, le résultat n'est pas le même.
  • Mon conjoint est-il protégé si je disparais entre la signature et le paiement ?

Sur la structure

  • Mes titres sont-ils détenus en direct ou via une holding ? Est-ce cohérent avec mon projet d'après ?
  • L'immobilier d'exploitation est-il dans la société ou à part ? Sera-t-il vendu avec ?
  • Que devient mon compte courant d'associé ?

Sur l'opération elle-même

  • Le prix est-il payé comptant, ou en partie différé (complément de prix, crédit vendeur) ?
  • Quelle garantie de passif vais-je signer, et sur quel patrimoine pèse-t-elle ?
  • Quel accompagnement de l'acquéreur m'est demandé, et à quelles conditions ?

Sur l'après

  • Que devient ma protection sociale le jour où je quitte mon mandat ?
  • Ai-je un projet de réinvestissement, ou un besoin de sécurité ?
  • Suis-je prêt à gérer un capital, alors que j'ai toujours géré une entreprise ?
À surveiller de près

Le projet de budget 2027 prévoit de revoir le traitement de l'apport-cession en cas de transmission ultérieure des titres par donation ou succession. Selon les arbitrages législatifs, une stratégie courante pourrait perdre une partie de son intérêt. Raison de plus pour ne pas raisonner sur les règles d'hier.

La première erreur n'est pas fiscale. C'est de découvrir ces questions sous la pression d'un calendrier fixé par l'acquéreur.

-> En pratique, l'enjeu, c'est le temps. Une cession se prépare 12 à 24 mois avant, avec votre expert-comptable, votre avocat et votre notaire. Notre rôle de conseiller patrimonial est de tenir le fil entre eux, et de garder votre projet de vie au centre. On arbitrera au cas par cas.

Une cession envisagée dans les deux ans ? Parlons-en avant la première lettre d'intention, pas après.
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06 Votre épargne

Investir ne consiste pas seulement
à choisir un produit

Méthode Allocation Fiscalité

Encore faut-il savoir pourquoi l'acheter, quelle place lui donner dans son patrimoine et comment le piloter dans le temps.

Investir ou spéculer. Investir, c'est acheter un actif pour ce qu'il produit dans la durée : des loyers, des dividendes, des intérêts. Spéculer, c'est parier sur une variation de prix à court terme. Les deux existent. La confusion entre les deux coûte cher.

Une méthode avant l'action. Avant tout placement, trois questions : quel objectif, quel horizon, quelle perte suis-je capable de supporter sans vendre ? Une méthode écrite à froid évite les décisions prises à chaud.

L'allocation et la fiscalité. La répartition entre classes d'actifs pèse plus lourd que le choix de tel ou tel support. Et un même placement ne produit pas le même résultat net selon l'enveloppe qui le porte : assurance vie, PER, compte-titres ou société.

La bonne question à se poser ce mois-ci

Pour chaque ligne de mon patrimoine, suis-je capable de dire en une phrase pourquoi elle est là ?

07 La vie du cabinet

Un mois de rencontres
sur le terrain

Salon de l'habitat de Lunel, 26 septembre. Le cabinet était présent au magasin Schmidt de Lunel. Un moment de convivialité et de partage avec les autres acteurs du salon et les visiteurs venus nous rencontrer. Merci à tous ceux qui sont passés.

Roadshow placement : une nouvelle ère pour l'épargne. J'en retiens une dynamique d'épargne nettement repartie à la hausse. J'y consacrerai un article complet dans le prochain numéro.

· En conclusion

Mes 3 messages clés
du mois

1. Le budget 2027 alourdit la note, mais il n'est pas voté. On prépare les scénarios maintenant, on décide quand le texte sera stabilisé.

2. La fenêtre de transmission du premier semestre 2027 mérite d'être anticipée dès cet automne : qui donne, à qui, combien, avec quelles liquidités.

3. Inflation à 3 %, taux en hausse, marchés nerveux : la diversification reste la règle, et la méthode compte plus que le produit.

Je suis à votre disposition pour échanger autour de ces sujets si besoin. Le site reste le point d'entrée le plus simple : simonruycgp.fr.

Simon Ruy · Octobre 2026

Information à caractère général, ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Toute stratégie doit être adaptée à votre situation patrimoniale, fiscale, et à votre profil de risque. Les mesures du projet de loi de finances pour 2027 citées dans ce numéro ne sont pas votées à la date de rédaction. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.