On est ici pour construire —
pas pour espérer
Il y a une phrase que je répète souvent, à mes clients comme à moi-même : espérer n'est pas une stratégie. On peut espérer que les taux baissent, que les marchés montent, que la retraite se passe bien, que la succession se règle sans accroc. On peut aussi ne rien espérer, et construire.
Construire, c'est mettre en place les structures qui font que le résultat ne dépend plus du hasard. Un PER qu'on alimente chaque mois plutôt qu'un vague projet de s'y mettre un jour. Une donation préparée plutôt qu'un non-dit familial. Une holding structurée cinq ans avant une cession plutôt qu'un montage bricolé dans l'urgence.
Ce que je peux vous offrir, ce n'est pas une promesse de rendement. C'est une méthode, et le temps d'affiner avec vous.
Ce mois d'août est traditionnellement plus calme. C'est souvent le meilleur moment pour prendre un peu de recul sur sa situation patrimoniale, loin de l'agitation du quotidien. Pas pour tout révolutionner en urgence, mais pour se poser les bonnes questions avant la rentrée : où en est mon épargne, ma protection, ma transmission ? Qu'est-ce que j'ai remis à plus tard depuis trop longtemps ?
Ce numéro d'août aborde justement plusieurs de ces sujets qu'on préfère repousser : la succession qu'on ne prépare pas, la prévoyance du dirigeant qu'on néglige, l'épargne qu'on laisse dormir plutôt que de la structurer. Rien d'urgent en apparence. Beaucoup à perdre en réalité.
Je vous souhaite une belle fin d'été, du repos, et je reviens vers vous à la rentrée avec, je l'espère, de belles nouvelles pour le cabinet.
Simon Ruy · Août 2026
Rentrée sous tension —
ce que disent les chiffres
Trois chiffres à connaître pour aborder la rentrée avec la bonne lecture de l'environnement économique.
Le Livret A remonte, enfin. À compter du 1er août 2026, son taux passe de 1,5% à 1,7%, tout comme celui du LDDS. C'est la première revalorisation depuis 2023, après une série de baisses qui avait ramené le taux à son plus bas niveau depuis plusieurs années. Le calcul suit une formule réglementaire fondée sur l'inflation hors tabac et le taux interbancaire €STR : le regain d'inflation du premier semestre a mécaniquement tiré le taux vers le haut. Le LEP, réservé aux revenus modestes, reste à 2,5%, un niveau que le gouvernement a choisi de maintenir au-dessus de ce que donnait la formule stricte.
La BCE marque une pause, après avoir surpris tout le monde en juin. Après une première hausse de taux depuis trois ans le 11 juin dernier (le taux de dépôt étant passé à 2,25%, le taux de refinancement à 2,40%), le Conseil des gouverneurs a confirmé le statu quo le 23 juillet. La tension reste réelle : l'inflation en zone euro peine encore à revenir durablement sous la cible des 2%, dans un contexte géopolitique qui continue de peser sur les prix de l'énergie. Rien n'exclut une nouvelle hausse d'ici la fin d'année si les chiffres d'inflation ne se calment pas.
Un Livret A qui remonte, c'est une bonne nouvelle pour l'épargnant de court terme. Une dette qui file vers 130% du PIB, c'est une tout autre trajectoire.
La dette publique française s'apprête à changer d'échelle. Un rapport remis le 15 juillet 2026 à Bercy par quatre économistes indépendants (Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier, Xavier Jaravel et Natacha Valla) livre un diagnostic sans détour. À politique inchangée, le déficit public grimperait à 6,8% du PIB en 2030, contre 5% visés cette année, et la dette franchirait 130% du PIB en 2030, contre 118,4% aujourd'hui. La cause première n'est pas la dépense sociale, mais la charge de la dette elle-même : elle passerait de 78 à 124 milliards d'euros en quatre ans, une hausse de 59%, sous l'effet du refinancement des emprunts anciens à des conditions moins favorables qu'à l'époque des taux bas.
Pour stabiliser la dette avant la fin du prochain quinquennat, le rapport chiffre l'effort nécessaire à 126 milliards d'euros, répartis entre économies, recettes et croissance. Un ajustement engagé dès 2027 limiterait le déficit à 4,9% du PIB en 2030, contre 6,8% à politique inchangée. Les économistes eux-mêmes parlent d'un « poison lent ».
Livret A et LDDS : la hausse à 1,7% reste modeste face à une inflation attendue autour de 2% sur l'année. Utile pour l'épargne de précaution, insuffisant comme moteur de performance.
Fonds en euros : ils continuent de bénéficier progressivement de taux obligataires plus élevés sur les nouvelles souscriptions des assureurs. Pas d'effet immédiat, mais une tendance qui se confirme.
Dette et fiscalité : une trajectoire à 130% du PIB en 2030 rend quasiment certains de nouveaux arbitrages sur la fiscalité du patrimoine et de la transmission dans les années qui viennent. Impôts et indexations seront questionnés. Mieux vaut anticiper que subir.
Succession : le silence
qui coûte cher
Un sondage publié cet été donne un chiffre qui devrait interpeller chacun d'entre nous : 72% des Français n'ont engagé aucune action pour préparer la transmission de leur patrimoine. Aucun testament, aucune donation, aucune consultation d'un notaire ou d'un conseiller. Rien. C'est le constat de l'étude réalisée par l'institut Discurv pour le réseau de conseillers en gestion de patrimoine Inovéa, menée en juin 2026 auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 personnes.
Le plus frappant n'est pas l'inaction en elle-même. C'est le paradoxe qu'elle révèle. Ces mêmes personnes sont 79% à juger les droits de succession excessifs. Elles dénoncent une fiscalité qu'elles trouvent confiscatoire, mais ne font rien pour en limiter l'impact. Pire : 81% d'entre elles reconnaissent ignorer les dispositifs légaux qui permettraient précisément d'alléger cette facture.
On peut trouver la fiscalité successorale trop lourde. On ne peut pas s'en plaindre et ne rien faire pour l'alléger légalement.
D'où vient cette inertie ? Trois raisons reviennent systématiquement. La première est psychologique : parler de sa propre succession, c'est parler de sa propre fin. On préfère repousser. La seconde est la croyance, fausse, qu'il faut un patrimoine important pour que la préparation ait un sens. La troisième est la méconnaissance pure et simple des outils disponibles, qui concerne la majorité des foyers, bien au-delà des grandes fortunes.
Pourtant, les outils existent, sont accessibles, et pour certains ne coûtent rien à mettre en place.
Les abattements renouvelables : le Code général des impôts prévoit un abattement de 100 000 € par enfant et par parent, renouvelable tous les quinze ans. Un couple avec deux enfants peut ainsi transmettre 400 000 € en franchise de droits, en anticipant suffisamment tôt.
L'exonération entre époux et partenaires de Pacs : depuis la loi TEPA de 2007, la succession entre conjoints est totalement exonérée de droits. Cela ne dispense pas d'organiser la répartition du patrimoine, notamment via le testament ou le contrat de mariage.
L'assurance vie : hors succession civile dans la plupart des cas, avec un abattement propre de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. C'est souvent l'outil de transmission le plus flexible et le plus mal utilisé, faute de clause bénéficiaire correctement rédigée.
La donation-partage et le démembrement de propriété : permettent de transmettre progressivement, de figer la valeur transmise à la date de la donation, et de conserver l'usufruit d'un bien tout en en transmettant la nue-propriété.
Anticiper sa succession, ce n'est pas organiser sa disparition. C'est protéger ses proches d'une fiscalité subie, d'une indivision paralysante, et de tensions familiales évitables. Le silence n'a jamais réglé une succession. Un rendez-vous, si.
Protection sociale du dirigeant —
l'angle mort de trop d'entreprises
C'est un sujet que les dirigeants abordent trop tard, en général au moment où un problème de santé les y contraint. La protection sociale du dirigeant n'a rien à voir avec celle d'un salarié, et cet écart peut coûter très cher en cas d'arrêt de travail, d'invalidité ou de décès.
Le point de départ, c'est le statut. Un dirigeant assimilé-salarié (président de SAS, gérant minoritaire de SARL) relève du régime général et bénéficie d'une couverture proche de celle d'un salarié classique, sans toutefois l'assurance chômage. Un travailleur non salarié (gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel, profession libérale) relève du régime des indépendants, avec des prestations en cas d'arrêt de travail ou d'invalidité nettement plus faibles, et des délais de carence souvent plus longs.
Un dirigeant qui ne s'est jamais posé la question de sa prévoyance découvre son niveau de couverture réel le jour où il en a besoin. C'est le pire moment pour le découvrir.
Les trois risques à couvrir en priorité. L'arrêt de travail, d'abord : le régime obligatoire des indépendants verse des indemnités journalières souvent bien inférieures au revenu réel, avec un délai de carence qui peut atteindre plusieurs jours voire plusieurs mois selon les régimes. L'invalidité, ensuite : sans complément, une invalidité partielle peut réduire drastiquement les revenus du foyer, au moment même où les charges ne diminuent pas. Le décès, enfin : le capital versé par les régimes obligatoires est généralement insuffisant pour protéger le conjoint et les enfants, surtout si l'entreprise dépendait fortement du dirigeant.
Le contrat Madelin reste l'outil de référence pour les TNS. Les cotisations versées sont déductibles du revenu professionnel imposable, dans certaines limites liées au revenu. Il permet de compléter la couverture obligatoire sur l'arrêt de travail, l'invalidité et le décès, avec des garanties calibrées sur mesure selon les charges fixes de l'entreprise et du foyer.
Combien de temps l'entreprise tient-elle sans moi ? Si la réponse est courte, la prévoyance décès et invalidité doit être dimensionnée en conséquence, pas seulement pour le foyer mais pour l'activité elle-même.
Quel est mon revenu de remplacement en cas d'arrêt de travail ? Beaucoup de dirigeants découvrent, seulement au moment du sinistre, que la couverture obligatoire ne représente qu'une fraction de leur revenu habituel.
Ma prévoyance a-t-elle été révisée depuis la création de l'entreprise ? Un contrat souscrit au lancement, quand les revenus et les charges étaient différents, est rarement encore adapté quelques années plus tard.
Le versement programmé —
ou comment discipliner le hasard
Une question revient souvent : vaut-il mieux investir une somme en une fois, ou l'étaler dans le temps ? La réponse dépend du contexte, mais pour l'épargnant qui construit patiemment son patrimoine mois après mois, le versement programmé, parfois appelé DCA pour Dollar Cost Averaging, reste l'un des outils les plus sous-estimés.
Le principe est simple. Plutôt que d'investir un capital en une seule fois, on programme des versements réguliers, d'un même montant, à intervalle fixe, généralement mensuel. Sur une assurance vie, un PER ou un plan d'investissement en actions, ce mécanisme permet d'acheter mécaniquement plus de parts quand les marchés sont bas, et moins de parts quand ils sont hauts. Le prix de revient moyen s'en trouve lissé dans le temps.
Le versement programmé ne cherche pas à deviner le bon moment pour investir. Il rend cette question sans objet.
Ce que le DCA apporte vraiment, ce n'est pas une garantie de meilleure performance : sur un marché durablement haussier, un versement unique au départ fait souvent mieux, puisque le capital est investi plus tôt et plus longtemps. Ce que le DCA apporte, c'est une réduction du risque de mauvais timing, et surtout une discipline d'épargne qui ne dépend plus de la motivation du moment. On ne se demande plus si c'est le bon moment pour investir : le prélèvement se fait, qu'on y pense ou non.
C'est aussi un outil psychologique puissant. Investir un capital important en une fois, juste avant une baisse de marché, peut décourager durablement un épargnant novice. Étaler l'entrée réduit ce risque de regret, et facilite la capacité à rester investi sur la durée, ce qui est souvent le facteur le plus déterminant de la performance à long terme.
Sur une assurance vie ou un PER : la quasi-totalité des contrats permettent de programmer des versements automatiques mensuels, souvent modulables à tout moment sans frais.
Le montant compte moins que la régularité. Un versement modeste mais tenu dans la durée construit plus de patrimoine qu'une intention ambitieuse jamais mise en œuvre.
Combiner avec un versement initial : pour un capital disponible important, une approche mixte peut avoir du sens, avec une partie investie immédiatement et le reste lissé sur plusieurs mois pour réduire l'exposition au risque de point d'entrée.
Une rentrée chargée —
je recharge les batteries
Août est propice à faire une pause. Je vous en parlerai davantage dans les prochains numéros, mais la rentrée qui arrive s'annonce particulièrement dense pour le cabinet, et je voulais vous en donner un avant-goût.
Un outil fiscal maison verra le jour dès septembre. Sans dévoiler tous les détails maintenant, l'objectif est de vous donner un accès simple et concret à des simulations qui, aujourd'hui, nécessitent souvent un rendez-vous ou un tableau Excel improvisé. Je le mettrai à disposition sur le site dès qu'il sera prêt.
Une conférence est également en préparation, dans un lieu qui sortira des cadres habituels des salons professionnels. J'aime l'idée qu'un rendez-vous patrimonial ne se limite pas à une salle de conférence standard, et je vous donnerai les détails dès qu'ils seront confirmés.
Je participerai enfin au premier salon de l'habitat de Lunel, une occasion d'échanger directement avec des futurs propriétaires et investisseurs sur les enjeux patrimoniaux liés à l'immobilier, en complément du travail habituel du cabinet.
Une rentrée chargée se prépare pendant les moments calmes. Voilà pourquoi je recharge les batteries en attendant.
D'ici là, si vous n'avez pas encore visité le site, vous pouvez y accéder directement en tapant simonruycgp.fr dans votre moteur de recherche. Vous y trouverez les archives de la newsletter et un formulaire de contact simple pour prendre rendez-vous ou poser une question.
Je vous souhaite une belle fin d'été, et vous retrouve à la rentrée.
Simon Ruy · Août 2026